<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-2520855777876161597</id><updated>2012-02-16T12:47:08.908+01:00</updated><title type='text'>La Souris du clavier</title><subtitle type='html'>«Quand je veux lire un livre, j'en écris un.»
Benjamin Disraeli</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Catherine H.</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06396604313955948613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/SxJlwW-X7tI/AAAAAAAAAAM/jeGkXAh0qBY/S220/souris.jpg'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>13</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2520855777876161597.post-1720549887618652014</id><published>2010-11-02T20:50:00.000+01:00</published><updated>2010-11-02T20:50:38.101+01:00</updated><title type='text'>IL EST SORTI !</title><content type='html'>Après des mois à me demander si j'oserais ou pas, je me suis décidée. J'aurais dû bien avant, car il a plu. Mais qui ? Un petit recueil de nouvelles grinçantes, parfois drôles, souvent dérangeantes. Le sujet ? Nos péchés ! A dévorer sans modération....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/TNBpeyNE5kI/AAAAAAAAADY/3z-f_MPuDyw/s1600/Couverture+Les+petits+p%C3%A9ch%C3%A9s+capiteux.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="320" nx="true" src="http://2.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/TNBpeyNE5kI/AAAAAAAAADY/3z-f_MPuDyw/s320/Couverture+Les+petits+p%C3%A9ch%C3%A9s+capiteux.jpg" width="226" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://litterature.bouquineo.fr/livre/catherine-h/les-petits-peches-capiteux/63"&gt;http://litterature.bouquineo.fr/livre/catherine-h/les-petits-peches-capiteux/63&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;N'hésitez pas à le feuilleter, à l'acheter aussi. Et laissez vos commentaires sur Bouquineo ou Babélio.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2520855777876161597-1720549887618652014?l=lasourisduclavier.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/feeds/1720549887618652014/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2010/11/il-est-sorti.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/1720549887618652014'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/1720549887618652014'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2010/11/il-est-sorti.html' title='IL EST SORTI !'/><author><name>Catherine H.</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06396604313955948613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/SxJlwW-X7tI/AAAAAAAAAAM/jeGkXAh0qBY/S220/souris.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/TNBpeyNE5kI/AAAAAAAAADY/3z-f_MPuDyw/s72-c/Couverture+Les+petits+p%C3%A9ch%C3%A9s+capiteux.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2520855777876161597.post-5267019822282953857</id><published>2010-05-16T17:50:00.001+02:00</published><updated>2010-05-16T18:01:27.235+02:00</updated><title type='text'>Le cygne et le corbeau</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/S_AP_BGkULI/AAAAAAAAACM/_ZPDffLIJus/s1600/cygne-noir1.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; cssfloat: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="158" src="http://3.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/S_AP_BGkULI/AAAAAAAAACM/_ZPDffLIJus/s200/cygne-noir1.jpg" width="200" wt="true" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Il y a quelques temps que je n'étais venue, quelle négligence ! Et bien, non ! En fait, j'ai creusé d'autres trous dans la maison des lettres, découvert d'autres passages, d'autres expressions, rencontrer des gens formidables et bourrés de talents, et je me suis fait de nouveaux amis. Cette nouvelle exploration en valait donc la peine.&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Mais je me fais fort de mettre une nouvelle par mois, aussi dans mes grimoires, j'ai retrouvé celle-ci, bien caustique, comme je les aime.&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;C’est avec un petit frisson de plaisir qu’elle ajusta sa guêpière blanche, festonnée de rubans roses. Elle prit le temps de la serrer soigneusement, faisant légèrement pigeonner sa poitrine, et lissant les bords sur la taille et les hanches. Puis avec lenteur, elle enfila ses bas de soie, tout exprès achetés pour l’occasion. Devant le miroir, elle se contempla, sûre que la nuit qui l’attendait serait inoubliable. Dans son esprit il ne pouvait en être autrement. Avec mille précautions, elle se glissa dans sa robe. Depuis toujours elle rêvait de ce moment, où elle serait le centre du monde l’espace d’une journée. La robe était son chef d’œuvre. Elle l’avait pensée, s’imaginant dedans, telle une Cendrillon à son premier bal, une princesse de contes de fées : un bustier entièrement incrusté de petites perles de nacre, un jupon ample recouvert de tulle et parsemé de minuscules roses blanches. Elle jeta un dernier regard à son reflet : la coiffeuse avait piqué des perles dans ses cheveux, remontés en chignon, rappelant les motifs du bustier. Tout était parfait, elle pouvait y aller. Elle descendit précautionneusement l’escalier, espérant ne pas glisser avec ses talons hauts ou se prendre les pieds dans sa traine. En bas, la famille était réunie, son arrivée fut suivie d’un long silence que son père rompit :&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Ma chérie, tu es merveilleuse, une vraie princesse.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Sa mère la dévisageait sans mot dire. Elle chercha sur son visage un signe d’encouragement, mais connaissant son perfectionnisme maladif, elle attendit la critique qui ne tarda pas :&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Superbe, en effet, mais tâche de te tenir droite et ne lâche pas ton voile. &lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Elle avait espéré que ce jour serait différent de son quotidien, fait de sempiternelles recommandations maternelles, de remontrances et d’humiliations. Pour celle qui avait été bercée par des propos acerbes, des remarques désobligeantes sur son physique ingrat et des déceptions à peine voilées, l’espoir d’une parole réconfortante se soldait par un échec, une fois de plus. &lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;D’aussi loin que ses souvenirs remontaient, elle avait subi de l’aigreur de sa mère qui avait longtemps espéré un fils qu’elle n’eut jamais. Sa naissance difficile avait occasionné un déchirement irréversible de l’utérus qui l’avait condamnée à ne plus procréer. Refusant d’investir dans le bonheur d’une unique enfant, elle avait reporté ses griefs sur sa fille, jugée indigne d’elle. Sa « petite boulotte » était rapidement devenue son « boulet », trainant avec elle un cortège de lamentations sur les vicissitudes d’avoir une fille si mal foutue, si empotée. Elle avait cherché dans l’affection de son père un soutien qui ne vint jamais. Homme gentil, mais sous la coupe de son épouse, il assistait en spectateur muet aux vexations régulières dont elle était l’objet, sans oser affronter sa maitresse-femme. Il avait choisi de se réfugier dans ses chères collections de timbres, occasions pour lui de s’évader à moindre frais d’un bourreau domestique qui régentait la maison et ses occupants. Trop couard pour marquer son opposition, il manifestait son amour de père à mots couverts, préférant lui offrir une assistance passive qui lui procurait le confort d’une paix égoïste. &lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Elle prit une grande inspiration. Ce jour marquait la fin de son calvaire et le début de sa libération. D’un ton quelle voulut enjoué, elle dit :&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— En route, Marc doit nous attendre à la mairie.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;La cérémonie fut simple et brève, mais pour Sophie l’espoir d’une nouvelle vie effaçait les brimades. Désormais, les yeux de Marc lui renverraient une image d’amour dont elle avait toujours été privée. Elle n’arrivait pas à comprendre comment ce garçon, que d’autres filles se disputaient, avait pu s’intéresser à elle, la boulotte, la grosse, la moche. Ils s’étaient rencontrés dans la bibliothèque municipale de son quartier. Employée à mi-temps, son travail consistait essentiellement à remettre sur les rayonnages les ouvrages rapportés par les abonnés. De temps à autre, un égaré l’abordait, sollicitant un renseignement sur la localisation d’un domaine précis ; il lui était même arrivé d’orienter certains lecteurs dans le choix d’un livre. Cet univers de papier lui permettait d’échapper à l’atmosphère pesante de la maison familiale, dans laquelle on lui faisait si souvent sentir sa petitesse.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Ma pauvre fille, comment veux-tu t’en sortir avec un bagage aussi réduit ? Un bac, et littéraire en plus, alors que de nos jours il faut être au moins ingénieur pour pouvoir espérer gagner correctement sa vie.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Comment lui expliquer que ses complexes, engendrés et nourris par l’aversion maternelle, l’avaient conduite à un repli sur elle-même, au point de développer une timidité extrême la faisant bafouiller en présence d’un étranger, accentuant encore le ridicule de sa personne. &lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Pardon, mademoiselle, je suis à la recherche d’un ouvrage sur les femmes au Moyen-Age…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Face à cet homme, elle avait rougi, s’était montrée gauche, cherchant ses mots. Elle l’avait finalement conduit au rayon en question et s’était prestement retirée pour ne pas avoir à lui infliger la vision de sa laideur. Deux semaines plus tard, il était revenu, à la recherche d’un titre plus pointu. Il avait engagé la conversation sur le sujet, les réponses de Sophie s’étaient faites plus précises mais toujours empruntes de réserve. Elle n’osait pas le regarder dans les yeux. Ce petit jeu avait duré quelques mois, les visites de Marc s’étaient rapprochées, leurs discussions se faisaient de plus en plus longues. &lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Un jour, il l’avait invitée à dîner, elle y avait beaucoup réfléchi, puis pressée d’accepter, avait cédé. Ils s’étaient revus, deux mois plus tard il l’épousait à la mairie du XVIIIème. Ce que Marc avait pu lui trouver restait un mystère à ses yeux. Elle ne se savait ni intelligente, ni jolie, n’avait pas d’amis, sortait peu. Mais la tendresse de ce jeune professeur d’histoire l’avait parée de toutes les qualités qui lui avaient fait défaut depuis toujours. &lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;En rentrant un soir, elle avait dit de but en blanc :&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— J’ai rencontré un garçon, nous allons nous marier.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Cette annonce avait fait l’effet d’une douche froide. Durant un moment ses parents étaient restés sans voix, à la dévisager comme si elle venait de prononcer une énormité. Sa mère, plissant les yeux, avait alors demandé :&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Tu es enceinte ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Pour elle, il paraissait donc impensable qu’un homme puisse s’intéresser à sa fille, si ce n’est après en avoir joui à l’horizontale. &lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Il est prof, habite en banlieue et la cérémonie est fixée au 18 octobre.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Et tu nous préviens à la dernière minute ! Organiser un mariage, c’est du travail. Comme d’habitude tu ne réfléchis à rien ! s’était exclamée sa mère.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Nous avons décidé d’une cérémonie toute simple, sans chichis et dans la stricte intimité. Vous êtes conviés naturellement. Et pour ta gouverne, maman, je ne suis pas enceinte.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Ce soir-là, elle avait éprouvé un sentiment de triomphe, inconnu jusqu’alors. Elle avait savouré la surprise de ses parents et surtout l’amertume de sa mère qui réalisait que désormais son jouet lui échappait. &lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Sa nouvelle vie lui plaisait. Elle avait emménagée chez Marc, une grosse maison lotie en plusieurs appartements dans une impasse qu’il trouvait fort pratique, étant à quelques rues de son établissement. Il lui avait fallu quelques temps pour prendre ses marques, n’osant toucher à rien, hésitant à poser ses propres affaires, comme si elle n’était que de passage. Mais la tendresse qu’il lui procurait avait eu raison de sa retenue, et elle évoluait désormais à l’aise dans son nouvel environnement. Jamais elle ne s’était sentie si bien, profitant des moindres plaisirs que lui donnaient leurs conversations quotidiennes, des petites attentions qu’il avait pour elle. &lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Patiemment, doucement, il avait su trouver les mots pour la convaincre de s’abandonner et sa persévérance avait payé. Elle n’était plus la grosse idiote gauche et timide. Convaincue que sa rencontre avec Marc était un hasard heureux mais fragile, elle avait tenu à se montrer à la hauteur, soignant du mieux possible son apparence, elle s’astreignait chaque jour à deux heures de gymnastique, surveillait son régime, passait une partie de ses nuits à dévorer des ouvrages empruntés à la bibliothèque pour pouvoir ensuite en parler avec l’homme de sa vie. Au bout de quelques temps, elle parvint à s’habituer à ce bonheur qui l’avait effrayée, reléguant aux oubliettes les souvenirs de sa jeunesse. Une nouvelle femme, plus affirmée et bien dans sa peau, avait chassé la jeune fille timorée. Ce nouvel envol lui avait permis de décrocher un emploi à plein temps et le couple coulait des jours heureux, bientôt rejoint par la venue d’une petite fille, pour le plus grand bonheur de Sophie. Elle reporta sur son enfant tout l’amour qui lui avait été refusé, faisant de sa fille son principal centre d’intérêt, la couvrant de louanges, attentive à ses moindres craintes, l’encourageant à s’affirmer. &lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Si la naissance d’une petite-fille avait enchanté son grand-père, la mère de Sophie l’avait plutôt mal accueillie. Un bref coup d’œil sur le berceau à la maternité, des félicitations lâchées du bout des lèvres, contraintes par la présence de son beau-fils, avaient été les seules marques d’intérêt qu’elle avait daigné prodiguer. Sa réaction n’avait pas surpris Sophie, habituée à sa froideur, mais Marc, malgré les avertissements de sa femme, en avait été choqué, refusant pour autant d’entrer en conflit avec des gens qu’il fréquentait le moins possible. L’éloignement des deux couples avait tacitement été décidé, nul n’éprouvant le besoin ou l’envie de partager des moments communs, durant lesquels le silence occupait la plus grande place et débouchait sur un inévitable malaise. Leurs centres d’intérêts respectifs, leurs activités, leurs amis, tout les opposait ; et le jeune couple s’était parfaitement accommodé de cette prise de distance qui assurait sa tranquillité.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Ce fut donc une réelle surprise pour Sophie lorsqu’elle découvrit sa mère sur le pas de la porte. Elle qui n’avait jamais éprouvé l’envie de venir chez eux, débarquait un matin sans crier gare. Sophie, prise au dépourvu, se sentit d’abord gênée, reprenant ses vieilles habitudes, puis réalisant qu’elle était désormais maîtresse chez elle, choisit de recevoir sa mère avec assurance, alarmée néanmoins de cette visite inopinée. D’emblée sa mère attaqua :&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Quel calvaire pour venir chez toi ! Tu habites au bout du monde. Comment peux-tu vivre dans un pareil quartier ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Sophie se dit qu’elle ne cèderait pas à ses réflexions mesquines, préférant ignorer les propos.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Il s’est passé quelque chose ? Papa est malade ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Toujours aimable, même pas un bonjour ! Non, ton père va bien. Si je suis venue, c’est que nous avons décidé de vendre la maison pour nous installer dans le Midi. Ton père prend de l’âge (Toi aussi, pensa Sophie, mais tu es trop fière pour le reconnaître) et nous avons quelques connaissances sur la Côte d’Azur. Nous avons donc mis la maison en vente. Dès les derniers papiers bouclés, nous déménageons.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Bien, dit Sophie, je pense que nous essayerons de venir vous voir de temps en temps.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Au même moment, sa fille apparut, encore maladroite sur ses jambes, trainant derrière elle un chiffon baveux dont elle ne se séparait jamais et qui la réconfortait lors des petits chagrins.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Sa grand-mère la dévisagea et esquissa un sourire, le premier sur ses lèvres depuis des années. Sophie se méprit sur ses intentions.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— On a raison de dire que la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre. C’est ton portrait craché, une petite boulotte que tu vas trainer longtemps, un vrai boulet. Je te souhaite bien du plaisir.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Toutes ces années, Sophie avait construit un mur face aux vexations maternelles, et pierre après pierre, bâti son bonheur familial. Cette femme venait en une phrase de briser son bel édifice.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Elle s’approcha lentement de sa mère, posa ses mains sur ses épaules et la poussa avec force. La vieille femme tombant en arrière, dévala l’escalier de pierre, sa tête heurtant brutalement l’avant-dernière marche avant de s’immobiliser, un filet de sang s’échappant de ses lèvres. Dans la rue, tout était calme à cette heure avancée de la matinée, nul promeneur, nul voisin, nul témoin de ce…stupide accident. &lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;C’est avec un petit frisson de plaisir qu’elle ajusta sa guêpière noire, festonnée de rubans rouges. Elle prit le temps de la serrer soigneusement, faisant légèrement pigeonner sa poitrine, et lissant les bords sur la taille et les hanches. Puis avec lenteur, elle enfila ses bas de soie, tout exprès achetés pour l’occasion. Devant le miroir, elle se contemplait, sûre que la journée qui l’attendait serait inoubliable. Dans son esprit il ne pouvait en être autrement. Avec mille précautions, elle se glissa dans sa robe. Ses formes, qu’elle avait soigneusement sculptées à force d’exercices répétés, n’avaient guère été altérées par sa grossesse. Elle jeta un dernier regard au miroir : ses cheveux remontés en chignon lui donnaient un air sévère qui cadrerait tout-à-fait pour la circonstance. Tout était parfait, elle pouvait y aller. Elle descendit l’escalier avec assurance. Marc et leur fille attendaient en bas. Son arrivée fut suivie d’un long silence que Marc rompit :&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Ma chérie, tu es merveilleuse, comme d’habitude.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Une fois de plus, les compliments de Marc effaçaient toutes les humiliations du passé. Désormais, elle était libre, elle pouvait s’affirmer sans contrainte ni jugement. Elle envisageait son avenir, leur avenir, avec sérénité, dans un cadre fait d’amour, sans aucun obstacle. Elle prit une grande inspiration. Ce jour marquait la fin de son calvaire et le début de sa libération. D’un ton quelle voulut solennel, elle déclara :&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— En route, maman nous attend à l’église.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2520855777876161597-5267019822282953857?l=lasourisduclavier.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/feeds/5267019822282953857/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2010/05/le-cygne-et-le-corbeau.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/5267019822282953857'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/5267019822282953857'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2010/05/le-cygne-et-le-corbeau.html' title='Le cygne et le corbeau'/><author><name>Catherine H.</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06396604313955948613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/SxJlwW-X7tI/AAAAAAAAAAM/jeGkXAh0qBY/S220/souris.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/S_AP_BGkULI/AAAAAAAAACM/_ZPDffLIJus/s72-c/cygne-noir1.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2520855777876161597.post-2707368584342618317</id><published>2010-04-01T20:04:00.000+02:00</published><updated>2010-04-01T20:04:10.961+02:00</updated><title type='text'>La fin du monde</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/S7Tfro-Vk2I/AAAAAAAAACE/E_XQZ5Hv7m8/s1600/songe+d%27une+plume.png" imageanchor="1" style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" nt="true" src="http://2.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/S7Tfro-Vk2I/AAAAAAAAACE/E_XQZ5Hv7m8/s320/songe+d%27une+plume.png" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: left;"&gt;Il y a quelques temps, je me suis immiscée dans le domaine du fantastique. Drôle d'aventure. Avous de juger !&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.songe-une-plume.com/2009/12/le-webzine-songe-dune-plume.html"&gt;http://www.songe-une-plume.com/2009/12/le-webzine-songe-dune-plume.html&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2520855777876161597-2707368584342618317?l=lasourisduclavier.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/feeds/2707368584342618317/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2010/04/la-fin-du-monde.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/2707368584342618317'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/2707368584342618317'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2010/04/la-fin-du-monde.html' title='La fin du monde'/><author><name>Catherine H.</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06396604313955948613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/SxJlwW-X7tI/AAAAAAAAAAM/jeGkXAh0qBY/S220/souris.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/S7Tfro-Vk2I/AAAAAAAAACE/E_XQZ5Hv7m8/s72-c/songe+d%27une+plume.png' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2520855777876161597.post-2663198553158939616</id><published>2010-03-05T18:29:00.000+01:00</published><updated>2010-03-05T18:29:16.415+01:00</updated><title type='text'>A lire avec les oreilles #4#</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; 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&lt;/embed&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.audiocite.net/livres-audio-gratuits-romans/catherine-h-une-deuxieme-chance.html" title="Informations complémentaires sur le livre audio"&gt;&lt;i&gt;Infos du livre audio&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; - &lt;i&gt;Audiocite.net&lt;/i&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2520855777876161597-5564605295673030672?l=lasourisduclavier.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/feeds/5564605295673030672/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2010/03/lire-avec-les-oreilles-2.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/5564605295673030672'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/5564605295673030672'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2010/03/lire-avec-les-oreilles-2.html' title='A lire avec les oreilles #2#'/><author><name>Catherine H.</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06396604313955948613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/SxJlwW-X7tI/AAAAAAAAAAM/jeGkXAh0qBY/S220/souris.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2520855777876161597.post-713565615540255892</id><published>2010-03-05T18:19:00.000+01:00</published><updated>2010-03-05T18:19:33.707+01:00</updated><title type='text'>A lire avec les oreilles</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://www.audiocite.net/illustrationlivres/h2large.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" kt="true" src="http://www.audiocite.net/illustrationlivres/h2large.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: justify;"&gt;Lu par Stanley&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;embed allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always" flashvars="config={&amp;quot;key&amp;quot;:&amp;quot;#$b6eb72a0f2f1e29f3d4&amp;quot;,&amp;quot;playlist&amp;quot;:[{&amp;quot;url&amp;quot;:&amp;quot;http://www.archive.org/download/PrenezNote/catherine-h-prenez-note.mp3&amp;quot;,&amp;quot;autoPlay&amp;quot;:false}],&amp;quot;clip&amp;quot;:{&amp;quot;autoPlay&amp;quot;:true},&amp;quot;canvas&amp;quot;:{&amp;quot;backgroundColor&amp;quot;:&amp;quot;0x000000&amp;quot;,&amp;quot;backgroundGradient&amp;quot;:&amp;quot;none&amp;quot;},&amp;quot;plugins&amp;quot;:{&amp;quot;audio&amp;quot;:{&amp;quot;url&amp;quot;:&amp;quot;http://www.archive.org/flow/flowplayer.audio-3.0.3-dev.swf&amp;quot;},&amp;quot;controls&amp;quot;:{&amp;quot;playlist&amp;quot;:false,&amp;quot;fullscreen&amp;quot;:false,&amp;quot;gloss&amp;quot;:&amp;quot;high&amp;quot;,&amp;quot;backgroundColor&amp;quot;:&amp;quot;0x000000&amp;quot;,&amp;quot;backgroundGradient&amp;quot;:&amp;quot;medium&amp;quot;,&amp;quot;sliderColor&amp;quot;:&amp;quot;0x777777&amp;quot;,&amp;quot;progressColor&amp;quot;:&amp;quot;0x777777&amp;quot;,&amp;quot;timeColor&amp;quot;:&amp;quot;0xeeeeee&amp;quot;,&amp;quot;durationColor&amp;quot;:&amp;quot;0x01DAFF&amp;quot;,&amp;quot;buttonColor&amp;quot;:&amp;quot;0x333333&amp;quot;,&amp;quot;buttonOverColor&amp;quot;:&amp;quot;0x505050&amp;quot;}},&amp;quot;contextMenu&amp;quot;:[{&amp;quot;Listen+to+PrenezNote+at+archive.org&amp;quot;:&amp;quot;function()&amp;quot;},&amp;quot;-&amp;quot;,&amp;quot;Flowplayer 3.0.5&amp;quot;]}" height="24" src="http://www.archive.org/flow/flowplayer.commercial-3.0.5.swf" type="application/x-shockwave-flash" w3c="true" width="350"&gt; &lt;/embed&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.audiocite.net/livres-audio-gratuits-romans/catherine-h-prenez-note.html" title="Informations complémentaires sur le livre audio"&gt;&lt;i&gt;Infos du livre audio&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; - &lt;i&gt;Audiocite.net&lt;/i&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2520855777876161597-713565615540255892?l=lasourisduclavier.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/feeds/713565615540255892/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2010/03/lire-avec-les-oreilles.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/713565615540255892'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/713565615540255892'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2010/03/lire-avec-les-oreilles.html' title='A lire avec les oreilles'/><author><name>Catherine H.</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06396604313955948613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/SxJlwW-X7tI/AAAAAAAAAAM/jeGkXAh0qBY/S220/souris.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2520855777876161597.post-6808973816774111631</id><published>2010-02-06T13:35:00.003+01:00</published><updated>2010-02-06T13:37:06.320+01:00</updated><title type='text'>Le travail, c’est la santé !</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Ca y est ! J'ai posé mon stylo, repoussé ma feuille, refermé le classeur qui me résiste tant il est bourré de fiches, de notes, de résumés. Les livres sont rangés sur les étagères qui attendent enfin le coup de chiffon qui les délivrera de cette couveture poussièreuse.&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Des mois d'efforts, des mois de lecture à s'user les yeux sur des photocopies dont la qualité laisse parfois à désirer, sur l'écran où le soir les lignes commencent à tanguer. &lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Combien de ramettes papier A4 80g pour tirer au propre des millions de mots alignés pour ne rien oublier ? Combien de litre d'encre pour surligner les idées force, les auteurs, les exemples ? Combien d'occasions manquées, passant à côté des bons mots, des sourires, des petits riens ?&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Ca y est ! C'est fini. Et j'attends...&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Je n'ai plus rien à faire. L'angoisse du vide pointe son nez : c'est une depression post-examentum !&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/S21g7OmEQBI/AAAAAAAAABY/Q8HLccH-G5g/s1600-h/karoshi2.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; cssfloat: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" kt="true" src="http://4.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/S21g7OmEQBI/AAAAAAAAABY/Q8HLccH-G5g/s320/karoshi2.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;strong&gt;Le travail, c’est la santé !&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— C’est à cette heure-ci que tu rentres ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Quel est le problème ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Le problème ? Le problème ? Il est plus de 23h00 ! Tu trouves ça normal de sortir du bureau à près de minuit ?&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Déjà ? Franchement, chérie, j’ai pas vu le temps passer. Mais on a un boulot fou. Et dans la conjoncture actuelle, je ne peux pas me permettre de lever le pied. Et encore, j’ai foncé pour arriver ici le plus tôt possible.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;— D’ailleurs, qui me dit que tu étais bien à ton bureau ? Qu’il n’y a pas une autre femme là-dessous ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Une autre femme ? Mais tu dérailles ! Avec tout le travail que j’ai, où voudrais-tu que je trouve le temps pour une autre femme ?&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Mais tu ne serais pas le premier qui prétexte une surcharge de travail pour s’amuser un peu en dehors du foyer conjugal.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Tu es ridicule ! Je bosse près de quatre-vingts heures par semaine, sans compter les trajets et autres déplacements en province.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;— Bon, bon, je n’ai rien dit. Allez, viens manger. Car je parie que tu n’as rien avalé, ce soir…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Si, j’ai grignoté une barre chocolatée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Mais ce n’est pas un repas, ca ! Va t’installer dans la cuisine, j’avais fait des cannellonis. Je sais que tu les aimes.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;— Tu es une perle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il ne prit pas la peine de s’asseoir, piochant directement dans le plat avec sa fourchette. Jocelyne sentit la moutarde lui monter au nez :&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;— Tu sais le temps que j’ai passé pour préparer ce plat ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— C’est délicieux !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Non, mais tu t’es vu ! Manger debout ! On n’est pas dans un snack américain ! Tu vas me faire le plaisir de t’asseoir et de dîner en homme civilisé.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Sans attendre sa réponse, elle lui asséna une vigoureuse poussée sur les épaules l’obligeant à prendre place. D’autorité, elle lui tendit sa serviette, puis lui servit un verre de vin, avant de l’autre côté de la table.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Tu m’inquiètes. Il faudrait que tu lèves un peu le pied. Tu es toujours sur la brèche. Tu vas finir par t’épuiser à ce rythme-là.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Qu’est-ce que tu vas chercher ? Je te l’ai déjà dit plusieurs fois : si on veut rester dans la course et se montrer compétitif, il ne faut pas compter ses heures.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Mais tu n’es même plus en mesure de compter ! Depuis deux ans, tu n’as pas pris trois jours de congés…&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Des congés ! Pourquoi pas une année sabbatique, tant que tu y es ? D’abord, Dieu merci, nous n’avons pas d’enfant, donc pas d’obligation. Et entre ta famille et la mienne, s’il nous reste une vieille tante ou un vague cousin, exilé je-ne-sais-où, c’est le bout du monde. Donc à qui veux-tu rendre visite ? &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Mais enfin ! On n’a pas besoin d’avoir une famille nombreuse pour prendre des vacances ! On pourrait partir tous les deux.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Et laisser tomber le travail ? Tu es au courant qu’il y a trois millions de chômeurs dehors ? Je te rappelle que tu ne bosses pas, toi. Il faut bien que quelqu’un fasse bouillir la marmite.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;— Je pourrais chercher un emploi, histoire de te soulager un peu ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Non, non. Tu t’occupes déjà de la maison. Je peux subvenir tout seul à nos besoins. Ne changeons rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Bien, comme tu voudras.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Tout en discutant, il avait englouti les cannellonis et le verre de vin. Sans attendre, il se leva et se dirigea vers son bureau.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;— Qu’est-ce que tu vas faire ? demanda Jocelyne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Un dernier truc à revoir sur un dossier. J’en ai pas pour longtemps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Mais, enfin, il est plus de minuit. Viens te coucher, ça peut attendre demain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À contrecœur, Philippe monta l’escalier et se dirigea vers la chambre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Jocelyne s’éveilla. Le petit bruit régulier qu’elle percevait depuis un bon moment avait fini par casser son sommeil. Elle tendit la main vers l’autre côté du lit : vide. Elle enfila son peignoir et descendit silencieusement au rez-de-chaussée. La porte du bureau de Philippe était entrouverte, la pièce éclairée et le tapotis plus fort. Il était assis à son bureau, ses mains couraient fébrilement sur le clavier de son ordinateur. Sur l’écran, des chiffres défilaient en cascade. De temps en temps, il émettait un grognement, comme pour signifier son approbation ou sa déception. &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Jocelyne le regarda un moment. La pendulette électronique affichait 3h50. Elle secoua la tête et repartit sans un mot.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il faisait encore nuit lorsque Philippe enfila son veston. Il s’apprêtait à franchir la porte, son attaché-case à la main, quand Jocelyne le rejoignit.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;— Tu pars déjà ? fit-elle tout ensommeillée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— J’ai plusieurs choses à revoir avant de démarrer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Mais il n’est pas encore 6h00, tu as largement le temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— À cette heure-ci, ça circule mieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle ne voulut pas le lâcher :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Tu n’as presque pas dormi. Je me suis réveillée dans la nuit, tu n’étais plus là.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il réfléchit avant de répondre sur un ton enjoué :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Oui ! Quelques crampes d’estomac. Je n’allais pas te déranger pour ça. Je suis descendu boire un peu de lait.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;— Des crampes ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Trois fois rien. C’est passé. Allez ! Je file.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Avant même qu’elle ait pu rétorquer, il avait passé le pas de la porte. Elle entendit la voiture démarrer, et lentement, retourna se coucher.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Arrivé le premier au bureau, Philippe prit à peine le temps de boire un café au distributeur. Tout en posant son veston sur le dossier de son fauteuil, il feuilleta son agenda et ouvrit son PC. Un message l’attendait pour lui signaler une erreur dans la facturation d’un produit, ce qui l’agaça profondément : il avait passé plus de vingt heures sur ce dossier, en avait réglé les moindres détails. Et voilà qu’une gourde au service financier avait enregistré le bordereau sans même faire attention. Profitant de sa solitude, il se laissa aller à une remarque bien sentie à l’encontre de l’écervelée. Puis, sans perdre une seconde, il se mit au travail pour remédier à cette erreur. Au bout d’une heure, tout était rectifié. Satisfait de sa prestation, Philippe s’accorda un second café, qu’il savoura dans l’ambiance silencieuse du bureau. &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;7h40 : dans quelques minutes, les premiers employés arriveraient, et s’en serait fini de sa belle tranquillité. Il regagna sa table de travail : le mail quotidien n’était pas encore tombé.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il farfouilla dans son porte-documents : vide ! Les dossiers étaient à jour. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;7h50 : il entendit la porte d’entrée s’ouvrir, des pas dans le couloir. Passant la tête, il reconnut avec une certaine amertume la femme de ménage qui enfilait une blouse rose avant de passer à l’entretien des bureaux. Toujours poli, il la salua de loin, sans engager la conversation : il ne fallait pas la détourner de sa tâche. &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Pour la troisième fois de la matinée, il se rassit dans son fauteuil, guignant du coin de l’œil la fenêtre des messages, dans l’espoir de voir tomber un mail qui lui donnerait l’occasion de se mettre à l’ouvrage. Les minutes s’égrenaient et la fenêtre restait muette. Il sentit un pincement au creux de son estomac, signe que l’angoisse pointait le nez. &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;La délivrance prit la forme de son assistante, Mlle Levendru, qui passait inexorablement le pas de la porte à 8h00 tapantes. Le bruit de ses talons hauts résonna sur les dalles, apportant un réconfort au naufragé du labeur. Son arrivée fut accueillie avec chaleur par Philippe. S’il y avait bien quelqu’un qu’il estimait particulièrement dans cette entreprise, c’était mademoiselle Levendru. Depuis douze ans qu’ils travaillaient ensemble, il ne l’avait jamais vue absente. Modèle de ponctualité, elle ne comptait pas son temps, et restait, sans rechigner, après la fermeture si la situation l’exigeait. Une complicité s’était établie entre eux, au point qu’il se reposait entièrement sur elle, sans avoir à passer des heures à lui expliquer les tenants et aboutissants d’une affaire. &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;— Bonjour, monsieur Verrières, toujours le premier, comme d’habitude.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Bonjour, Mlle Levendru. Toujours exacte ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette boutade quotidienne était la seule familiarité qu’ils s’accordaient. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Quel est le programme ? demanda Philippe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Réunion à 10h30, suivie du dossier Laville, puis visite à la compagnie Merton.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— 10h30 ! s’exclama Philippe. Mais qu’est-ce que je vais faire en attendant ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Habituée à ses petites manies, Mlle Levendu, posa une liasse de feuilles sur la table.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— On a relevé quelques inexactitudes dans les comptes de Perrec. Il est en congés ces jours-ci, et j’ai pensé que…&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;— Vous avez bien fait, coupa Philippe en se jetant sur le paquet.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il se réjouissait de l’absence de Perrec, qu’il savait à l’hôpital au chevet de son épouse moribonde. Pas un instant il ne compatit. Il éprouva néanmoins un vague reproche à l’encontre de celui qui privilégiait sa situation personnelle au détriment de la marche de l’entreprise. Mais ce sentiment fugace disparut dès qu’il se plongea dans le travail. &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il fut le premier à pénétrer dans la salle de conférence. Plus que tout, il abhorrait l’inexactitude. Il put, à son aise, choisir sa place autour de la vaste table ovale, avant de relire pour la dixième fois l’ordre du jour fixé sur son mémento. Peu à peu la pièce s’emplissait. Les arrivants, essentiellement de jeunes cadres récemment embauchés, s’installaient tranquillement, une tasse de café à la main, peu soucieux, selon lui, du respect du protocole. &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;La réunion se déroula sans que l’auditoire soit franchement attentif, ce qui eut pour effet de l’exaspérer. N’y tenant plus, il se pencha vers un groupe proche :&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;— Pourriez-vous avoir l’obligeance de vous taire, afin que je puisse suivre l’exposé, fit-il nerveusement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ouais, ouais, assura son voisin, avant de se replonger dans sa conversation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;L’insolence du blanc-bec, son indolence et son mépris lui firent l’effet d’une gifle. Il se dressa d’un bond et se mit à hurler :&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;— Silence !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Une chape de plomb tomba sur l’assistance. Tous les yeux étaient rivés sur lui. Il sentit qu’il devait se justifier :&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Notre collègue tente de nous expliquer les disfonctionnement rencontrés lors de l’établissement du dernier bilan trimestriel. J’ai d’ailleurs relevé quelques incohérences que je vous soumettrai ultérieurement et que je me propose de corriger d’ici demain. Mais trop de bavardages futiles font ici écran et m’empêchent de me concentrer.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Certains baissaient la tête, pris en faute, d’autres couvraient leur bouche pour masquer leur fou-rire devant tant de présomption. Le PDG, quelque peu saisi par son intervention, prit la parole en se raclant la gorge :&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Merci monsieur…heu…Verrières. Oui…brillant exposé…pour lequel il nous faut montrer plus d’attention. Poursuivez, Marrec.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dimanche &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Le bonheur serait qu’il y ait une semaine de sept jours ouvrés. Qu’est-ce que je fais de mes dimanches ? La télé ? Un peu de jardinage ou de bricolage ? Et où ça me mène tout ça ? À rien ! J’ai vraiment l’impression de ne servir à rien, ici. Et Jocelyne toujours en train de râler. Le calvaire !&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;— Philippe, tu es là ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Où veux-tu que je sois ? On s’amuse comme des fous dans cette baraque le dimanche !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Pourquoi tu es si agressif ? Je ne t’ai rien fait. Et pourquoi restes-tu dans le noir ? Ça va pas ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et pourquoi ci, et pourquoi ça ! Tu vas me foutre la paix à la fin ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il saisit sa veste et sortit de la pièce en claquant la porte. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il roulait au hasard, vite, les yeux rivés sur la route. Mettre de la distance avec la routine familiale et égrener les heures avant le moment de repartir dans son univers. Sans qu’il en ait conscience, il se retrouva devant l’entreprise. Le parking était désert, les fenêtres fermées. Cette vision le rendit encore plus amer. Il se rendit jusqu’à la porte principale, espérant trouver le vigile qui pourrait peut-être lui ouvrir son bureau. Mais ses recherches restèrent infructueuses. À regret, il remonta dans sa voiture et se mit à sangloter, appuyé sur le volant.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il était près de 23h 00 quand il se gara dans l’allée. Jocelyne, en faction près de la fenêtre, accourut vers lui :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Où étais-tu ? Je me suis fait un sang d’encre ! J’ai même téléphoné aux hôpitaux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— J’avais besoin d’air. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Toute l’après-midi et la soirée ? Philippe, tu as un problème. Tu es tout pâle, tu as maigri. Il faut voir un spécialiste.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;— Un problème ? Je n’ai aucun problème. Le seul problème dans ma vie, c’est toi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Mais pourquoi deviens-tu méchant ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il bondit sur elle lorsqu’une violente déchirure lui traversa la poitrine. Il s’effondra à ses pieds. Jocelyne ne put plus retarder l’échéance. Elle téléphona sans tarder au docteur Rougon, un jeune médecin qui venait de s’installer dans le quartier. Après avoir longuement ausculté Philippe, pris sa tension, écouté son cœur, il hocha la tête plusieurs fois avant de conclure :&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;— La machine est usée, monsieur Verrières, vous êtes en surmenage. Je vais vous arrêter quelques temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Un arrêt de travail ? Vous plaisantez ? Je préfèrerais encore allez m’embaucher chez un paysan. J’aime le travail, moi !&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;— Ce n’est pas un conseil, c’est un ordre. Vous êtes en train de vous tuer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Allons donc ! C’est une fatigue passagère, beaucoup de boulot ces temps-ci, mais bon… Il faut être soigneux dans son métier. J’aime que la tâche soit bien exécutée. Et s’il faut y revenir, ça ne me dérange pas. J’aime que le client soit satisfait : c’est ça ma conception du métier !&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lundi&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vers 5h00, le réveil sonna. Jocelyne bondit du lit au moment même où Philippe finissait de s’habiller.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Qu’est-ce que tu fais ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ben, tu vois ! Je vais bosser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Mais tu es fou ! Tu as oublié que tu étais en arrêt ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Tu croyais vraiment que j’allais suivre les conseils de ce jeune con ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;—Je t’interdis de sortir, hurla Jocelyne en tentant de lui barrer le passage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— C’est ce qu’on va voir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Son ton menaçant, autant que son expression déterminée, la firent reculer. Ce n’était plus l’homme qu’elle avait aimé, mais un inconnu prêt à tout pour satisfaire son besoin. &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;8h00&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est Mlle Levendru qui l’a découvert. Assis dans son fauteuil, effondré sur son clavier, la main sur la souris.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Karoshi !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Le verdict est tombé, implacable : mort subite liée à un excès de travail. L’enquête a été rapide et a révélé que la société n’avait jamais imposé un emploi du temps aussi lourd à son cadre, pas plus qu’elle ne l’avait autorisé à prendre à sa charge les dossiers de ses collègues. &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Sur sa tombe, Jocelyne a fait graver : &lt;em&gt;Si je n’avance pas, je recule ; si je recule, je meurs.&lt;/em&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;On dit que, grâce à l’argent de l’assurance-décès, elle coule maintenant des jours heureux dans une station balnéaire renommée, à ne rien faire.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2520855777876161597-6808973816774111631?l=lasourisduclavier.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/feeds/6808973816774111631/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2010/02/le-travail-cest-la-sante.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/6808973816774111631'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/6808973816774111631'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2010/02/le-travail-cest-la-sante.html' title='Le travail, c’est la santé !'/><author><name>Catherine H.</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06396604313955948613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/SxJlwW-X7tI/AAAAAAAAAAM/jeGkXAh0qBY/S220/souris.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/S21g7OmEQBI/AAAAAAAAABY/Q8HLccH-G5g/s72-c/karoshi2.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2520855777876161597.post-4628984288123749216</id><published>2010-01-01T12:12:00.003+01:00</published><updated>2010-01-01T12:19:54.811+01:00</updated><title type='text'>Bonne année 2010</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img alt="tous nos meilleurs voeux" height="222" src="http://www.joliecarte.com/images/carte/nouvel_an_animaux_mignon/tous-nos-meilleurs-voeux.jpg" width="320" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Mes amis et moi vous adressons tous nos voeux pour cette nouvelle année.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2520855777876161597-4628984288123749216?l=lasourisduclavier.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/feeds/4628984288123749216/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2010/01/bonne-annee-2010.html#comment-form' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/4628984288123749216'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/4628984288123749216'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2010/01/bonne-annee-2010.html' title='Bonne année 2010'/><author><name>Catherine H.</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06396604313955948613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/SxJlwW-X7tI/AAAAAAAAAAM/jeGkXAh0qBY/S220/souris.jpg'/></author><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2520855777876161597.post-1315176755863873734</id><published>2009-12-25T16:54:00.010+01:00</published><updated>2009-12-25T17:55:53.434+01:00</updated><title type='text'>Rédemption</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/SzTk02qkMqI/AAAAAAAAABQ/WTDRtHv2wQY/s1600-h/judas_iscariote03.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; cssfloat: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" ps="true" src="http://2.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/SzTk02qkMqI/AAAAAAAAABQ/WTDRtHv2wQY/s320/judas_iscariote03.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;i&gt;Que me veulent ces hommes ? Quel est cet endroit ? Le sol est dur, partout des montagnes de pierre aux formes géométriques. Quel est ce monde étrange, peuplé de cacophonies incessantes et puant d’odeurs âcres ? Qui sont ces gens, vêtus de façon curieuse, courant vers des lieux inconnus sans même prendre la peine d’échanger un regard ? Ces femmes outrancières, kyrielles de catins exhibant leurs chairs ? Mon Dieu, j’ai peur. Dieu, sauve-moi !&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Hé ! Nénes, ramène-toi, y a un gonze planqué derrière un conteneur. Vu comme il pue, ça doit faire un moment qu’il traîne dans la rue. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ernest contourna la poubelle jaune destinée aux déchets papiers et aux cartons et s’approcha de son collègue pour regarder le clodo en question.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Il est givré ce mec, t’as vu ce qu’il a sur le dos ? Sortir en djellaba par ce froid, il va y rester, c’est sûr. Hé, monsieur, ça va ?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— ……&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Ou il est sourd ou il est étranger, avec sa gueule, va savoir.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ernest haussa le ton :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Ça va ? Vous ne pouvez pas rester là. C’est un local à poubelle, dans un immeuble privé. Vous risquez de vous faire embarquer par les flics. Vous comprenez ?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— ……&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;i&gt;Que me dit cet homme ? Pourquoi crie-t-il, je ne suis pas sourd ? Quelle langue parle-t-il ?&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ernest se tourna vers son acolyte, cherchant une idée.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Il va falloir le sortir et contacter quelqu’un.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— On appelle le Samu Social ? proposa son collègue.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;i&gt;Je vois leurs yeux, ils s’interrogent, ce sont des hommes bons. Le plus grand occupe ses journées pour faire vivre sa famille, sa femme et ses trois fils. Le dernier est malade. Il doit rester couché, sa mère à son chevet. Son père a peur, quelle étrange maladie qui le ronge petit à petit. La femme prie pour sa guérison, mais la mort va l’emporter. Son chagrin m’affecte et ses larmes sont les miennes&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Ha ben voilà qu’il pleure à présent. Oh, mon gars, faut te bouger.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Dis Nénes, il a peut-être la dalle ? Vise un peu dans’l bahut, y doit me rester un sandwich. On va lui filer. Si ça se trouve, il a pas becqueté depuis des jours.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ernest tendit le jambon-beurre à l’étranger qui continuait à le dévisager, des larmes coulant sur ses joues marquées de rides et se perdant dans une barbe fournie qui grisonnait en plusieurs endroits. Malgré tout, ce n’était pas un vieillard, ses avant-bras révélaient une musculature puissante, et son corps comme son visage étaient burinés. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;i&gt;Le plus jeune revient avec un étrange objet qu’il me tend. Faut-il y voir un signe de bienvenue ? Dois-je l’accepter ?&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Tiens, c’est pour toi. Mange, miam, miam, l’encouragea le ripeur, mimant l’acte de mastication.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;L’homme regarda le sandwich puis celui qui le lui tendait, approcha la main et s’en saisit. Il le caressa, l’ouvrit et le jeta en crachant.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Du porc, impies ! Comment osez-vous me proposer une telle abjection ?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les éboueurs reculèrent, effrayés par son cri.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— C’est un barjo ! Nénes, foutons le camp !&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;D’un commun accord, ils remontèrent dans la benne à ordures et démarrèrent en trombe. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;i&gt;Mon Dieu, sur quelle terre suis-je arrivé ? Un monde profane se nourrissant d’excréments. Est-ce là mon châtiment ? Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Malgré l’angoisse qui le tenaillait, il s’aventura dans la ruelle. La vision de monstres d’acier soigneusement alignés en deux rangées lui fit songer aux mâchoires d’un dragon, capables de broyer tout malheureux qui s’aventurerait. Il faillit retourner dans son abri, lorsqu’il aperçut une vieille femme, de l’autre côté de la rue, derrière la barrière d’acier, qui déambulait tranquillement, traînant derrière elle un grand sac sur roulettes. Cette image de la vieillesse le rassura. Il aurait voulu la rejoindre, mais les mâchoires le retenaient. Il leva la main dans sa direction :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Hé, femme, où sommes-nous ?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La petite vieille sursauta, tournant la tête dans tous les sens pour rechercher l’origine de la voix. Quand elle découvrit l’homme, elle eut un mouvement de recul et fit mine de partir. Bien décidé à la rejoindre, il entreprit de traverser la voie. Un crissement aigu retentit au moment même où il s’engageait. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Ça va pas non, pauvre con ?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La peur le paralysa. Un engin de métal se tenait à quelques centimètres de lui, à l’intérieur duquel un homme vociférait dans une langue incompréhensible. Il lut la colère sur son visage. Il la reconnut, l’ayant vue des milliers de foi auparavant. Il en avait été la source, il l’avait déchaînée par son geste. Il n’osa bouger, redoutant d’être broyé par le monstre d’acier qui faisait entendre un sourd rugissement. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Tu comptes rester planté toute la journée, empoté ?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Que lui voulait cet homme ? La rue lui appartenait-elle ?&amp;nbsp;Il restait figé, partagé entre l’envie de rejoindre la vieille femme et la peur d’être happé par cette machine infernale. Un hurlement strident déchira l’air. Instinctivement il s’accroupit, les mains sur les oreilles, redoutant que le monstre près de lui ne lance l’attaque. Telle une gigantesque corne, il faisait résonner sans fin le son aigu de sa rage. Quand le silence revint, il sentit l’inconnu s’approcher.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Tu vas foutre le camp, oui ? Je bosse, moi. Alors, dégage !&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Tout en vociférant, l’homme l’empoigna, le forçant à se relever, avant de le balancer sur le trottoir. Puis il remonta dans le monstre d’acier et disparut à une vitesse foudroyante, laissant derrière lui un petit nuage de fumée noire. La vieille était partie, sans doute apeurée par cet individu agressif ou redoutant aussi son maudit engin. Il se plaqua contre le mur, cherchant son souffle. L’angoisse qui l’étreignait se faisait de plus en plus vive. &lt;i&gt;Quel est ce monde de haine ? Pourquoi les hommes s’agressent-ils ? Quels sont ces monstres qu’ils conduisent ?&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;L’heure avançait et la rue commençait à grouiller de monde. Adossé à la froide paroi, il contemplait cette foule disparate, étudiant les passants qui l’ignoraient ostensiblement. &lt;i&gt;Quelle société est-ce donc là, qui ne remarque même pas l’étranger ? À quel stade d’inhumanité était-on arrivé pour en oublier les règles élémentaires de l’hospitalité ?&lt;/i&gt; Il aurait aimé pouvoir les arrêter, demander son chemin, entrer dans une maison, relater son aventure. Passant derrière les monstres de pierres, un rayon de soleil réchauffa soudain son visage. Il tendit les mains vers le ciel, à la recherche d’un signe. &lt;br /&gt;Une femme trainant derrière elle un jeune enfant déposa une pièce à ses pieds. Il regarda l’obole, puis la femme, sans comprendre la raison de son geste. &lt;i&gt;Serais-je devenu un mendiant ? L’Autre est-il celui auquel on fait la charité ?&lt;/i&gt; Il voulut la remercier sans vraiment savoir pourquoi, mais elle avait déjà filé, happée par une foule de plus en plus dense. Il se baissa, ramassa la pièce aux couleurs argent et cuivre. Son contact lui fit mal, les souvenirs remontaient en lui jusqu’à lui donner la nausée. Il revit le grand prêtre comptant un à un les deniers tirés de sa bourse, prix de son forfait. Il secoua la main pour en faire tomber la pièce qui lui brûlait la peau. L’argent, matière maudite, n’avait-il pas été la cause de sa perdition ? Cupidité, envie, jalousie, péchés qui l’avaient accompagné et assailli, dans lesquels il s’était complu et dont il avait payé le prix. Son instinct de survie fut le plus fort. &lt;i&gt;Il y a bien ici quelqu’un pour me comprendre, quelqu’un pour m’aider ?&lt;/i&gt; Il ne pouvait rester indéfiniment dans cet endroit, mais l’idée de s’aventurer au-delà de la rue le terrifiait. Sur quel monde étrange ou hostile pouvait-il déboucher ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Rasant le mur, il progressa lentement jusqu’à l’angle, pour découvrir d’autres rues plus larges encore, encombrées d’une multitude de monstres métalliques bigarrés. Point de chevaux, point de mules. &lt;i&gt;Ce peuple se déplace sans effort, mû par ces machines, dans un vacarme incessant. L’air est vicié, le ciel semblable à du plomb. Pourtant ces êtres circulent sans souci, indifférents à ce qui les entoure, indifférents aux autres, indifférents à eux-mêmes. Pas un sourire, pas une parole échangée, ils courent sans fin dans cet univers de pierre&lt;/i&gt;. Il s’engagea sur le boulevard, chaque pas lui apportait son lot de surprise. Il resta un long moment devant l’étalage d’une épicerie, contemplant des plats de nourriture offerts aux appétits de tous. Des&amp;nbsp;femmes entraient et sortaient, portant de lourds sacs faits de matières étranges. Passant à la devanture suivante, il s’efforça de comprendre l’usage des objets présentés. Que pouvait-on faire de ces petits morceaux de verres, reliés par de la corne ou du métal, qu’une main avait agencé du sol au plafond ? &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La troisième boutique le fit violemment rougir. Comment pouvait-on exposer des représentations de corps féminins à peine vêtus de quelques minces morceaux de tissus, révélant plus qu’ils ne cachaient les parties intimes ? Il fut tenté de pénétrer dans cette échoppe fustiger cette femme qui incitait à la débauche, mais croisant une toute jeune fille aux yeux lourdement fardés et dont le vêtement laissant largement voir ses cuisses sans que personne ne s’en soucie, il réalisa que sa démarche était vouée à l’échec. &lt;i&gt;Quelle Sodome, peuplée de Messalines, jeunes putains s’offrant aux regards et dans laquelle tous semblent se complaire ! Que reste-t-il du message ? Les hommes sont-ils devenus fous au point de rejeter les principes divins ?&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il se mit à courir au hasard, bousculant sur son passage les piétons, jusqu’à ce qu’il butte contre un appareil métallique près duquel se tenait un groupe d’individus, et se retrouve étalé sur le sol gris. Un garçon se précipita pour relever l’engin.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Ma mob, ducon ! Visez-moi ce qu’il a fait à ma mob cet enfoiré.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il avança, menaçant :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Ça va être ta fête, promit-il en soupesant une barre de fer au creux de sa paume. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il ne comprenait pas, encore une fois, la violence émanant de ces gens. Son instinct le poussa toutefois à fuir. Prestement, il sauta sur ses pieds et s’élança le plus loin possible, poursuivi par une meute bruyante, armée de chaînes. Il connaissait ce sentiment, la haine du groupe contre un seul. Il l’avait vécu, lui-même désigné à la vindicte de l’assemblée. Mais son crime était alors réel, aujourd’hui il était pourchassé sans en comprendre la raison. Il fut brutalement stoppé dans sa course : &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Hé toi, des embrouilles avec la bande à Kamel ? Tes papiers !&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;L’individu qui l’interpellait était curieusement vêtu d’un habit bleu foncé dessinant une large carrure et moulant chacune de ses jambes, chaussé de bottes noires et portant sur la tête un couvre-chef qui protégeait son visage du soleil, sur lequel on avait brodé des motifs blancs. Il était accompagné d’un acolyte à l’aspect rigoureusement identique. De part et d’autre de leur ceinture, pendaient un tube de métal foncé et des bracelets d’argent. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Ho, c’est à toi qu’on parle ! Tes papiers, vite !&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;i&gt;Pourquoi m’aboie-t-il dessus ? Que me veut cet homme ? &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Je crois qu’on a décroché le gros lot, indiqua le plus gros des deux. Encore un camé qui traîne complètement défoncé. T’as vu sa tronche ?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Camé ou pas, il me file ses papelards, sinon on l’embarque.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;L’autre revint à la charge.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Tes papiers, bordel. En quelle langue il faut te le dire ?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il fit un pas en direction de l’individu planté sur le trottoir, qui n’essaya même pas d’opposer de résistance. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— D’où tu viens ?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— ……&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— English ? Deutsch ? yo ablo espanol ? italiano? &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— …….&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Saisissant son bras, le policier le secoua.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Fais pas le malin avec moi. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il se tourna vers son collègue.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Allez, on l’embarque.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Pour quel motif ?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Entre nous, sa gueule me revient pas. Officiellement, non présentation d’identité. On règlera ça au poste.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il régnait une chaleur infernale dans le commissariat, mais l’homme ne semblait pas incommodé. Assis à l’écart, sur un banc dans la cage, il se contentait d’observer l’activité des fonctionnaires chargés de prendre les dépositions de plaignants occasionnels, les allées-venues des diverses équipes ramenant d’autres clients. On l’avait enfermé avec un SDF et une fille totalement prostrée. Il n’avait pas voulu s’approcher de ces deux êtres, craignant un nouveau geste d’animosité, mais leur détresse intérieure s’infiltrait en lui. Il pouvait ressentir leurs émotions, leur colère qui n’attendait qu’un prétexte pour éclater, leur frustration envers une vie qu’ils n’avaient pas souhaitée. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Dis-moi, l’homme, pourquoi t’ont-ils conduit ici ?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le clochard le regarda d’un air hagard, il empestait l’alcool, et bavait légèrement :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Qu’esquidi ? lança-t-il dans un souffle.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;L’étranger se leva et posa sa main sur son épaule. Il le fixa droit dans les yeux, cherchant à découvrir ce qui se cachait derrière cette épave. Le clochard arrêta de baver, lui rendit son regard et sourit.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Ta vie est faite de déceptions, ils t’ont tous abandonné et tu en es réduit à te détourner de toi-même. Tu te condamnes lentement à un enfer pour échapper à celui que tu vis ici-bas.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le clochard continuait de sourire et se tourna vers la fille :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Il est rigolo celui-là. J’entrave que dalle à ce qui raconte, mais il me fait du bien.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Haussant le ton, il ajouta :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Tu sors d’où, mon gars ? Les poulets t’ont embarqué après un bal masqué ?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;L’homme sourit à son tour. Il ne comprenait pas ce langage mais ressentait la gentillesse de son interlocuteur. Dans un coin de la cellule, la fille qui n’avait pas bougé, perdue dans son monde à elle, commença à gémir. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Elle est en manque, crut bon d’expliquer le clochard. Si ces salauds lui filent pas quelque chose, fit-il en désignant les fonctionnaires occupés à leurs tâches, elle va dérouiller.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Comme pour confirmer ses propos, la fille se mit subitement à hurler, se tordant, les genoux repliés sur la poitrine. La pâleur excessive de son visage et ses traits tirés effrayèrent l’homme qui ne comprenait rien à ce qui se passait. Le tapage finit par attirer un policier, visiblement excédé.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Ferme ta gueule, la junkie ! Cette fois t’es bonne pour le centre de désintox. Alors boucle la jusqu’à ce qu’on vienne te chercher.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Elle le dévisageait, partagée entre la haine et la souffrance. Son mal prit le dessus et, tendant les bras vers lui, supplia :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— S’il vous plait, une petite dose. Juste pour calmer les crampes d’estomac. Après je serai bien sage, promis.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le flic la regardait d’un air plein de mépris, il semblait se régaler du spectacle qu’elle lui offrait.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Tu veux pas aussi que je te fasse moi-même ta piquouse ?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La fille se mit à pleurer, comprenant qu’elle avait perdu d’avance. L’homme sentit sa détresse sans pouvoir l’expliquer. Sa condition même de femme lui inspirait de l’aversion, mais son désespoir l’affectait. Il s’approcha d’elle et lui parla tout bas. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Calme-toi, ta rage est vaine. Nul ne peut t’entendre. Je ressens ta douleur. Prends ma main, je vais te soulager.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Elle se laissa guider, tel un automate, tendant ses bras couverts d’ecchymoses. Elle avait cessé de geindre et plongeait son regard dans celui de l’homme. Subitement, ses traits se détendirent. Elle se renversa en arrière et s’endormit. L’homme la lâcha et s’effondra sur le banc, visiblement affecté par l’épreuve. Il tremblait de tous ses membres, murmurant des mots sans suite. Le clochard, qui avait observé la scène, le héla :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Ho, mon gars ! Ça va pas ?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;N’obtenant aucune réponse, il interpella l’agent en faction : &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Au secours, y se trouve mal. Faut venir.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;L’agent, trainant les pieds, il s’approcha de la cage : &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— C’est pas un peu fini ce bordel ?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Au même moment, une horde endiablée fit irruption dans le commissariat. Une dizaine d’individus, vociférant à pleine gorge, tentait d’échapper aux fonctionnaires qui les encadraient. L’un des policiers haussa la voix pour couvrir les hurlements :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Foutez-moi tous ces cons au placard !&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;L’agent, quelque peu embarrassé, ne savait quelle attitude adopter. Il se résolut finalement à ouvrir la cellule, intimant aux trois prisonniers de libérer les lieux. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Vous avez entendu, on a besoin de place. Alors, filez doux, mes gaillards ! Ça va pour cette fois, mais on vous a à l’œil.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Sans trainer, le clochard rassembla ses quelques guenilles et sortit avec une vélocité étonnante pour un homme de son âge. La fille, toujours endormie, ne bougeait pas, tout comme l’homme qui ne comprenait assurément rien à ce retournement de situation. Le gardien les empoigna chacun par un bras, leur fit traverser le commissariat et, ouvrant la porte en grand, les jeta dehors. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Eh bien, je vous espérais plus, leur fit le clochard, appuyé contre le capot d’une voiture en stationnement. Allez, on se tire le plus loin possible. Toi, fit-il en désignant l’homme, t’es un pote, et les potes, on les laisse pas tomber. Tu m’as l’air dans la mouscaille, mais Dédé va t’aider. Dédé, c’est moi, ajouta-t-il en lui tendant la main. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;L’homme regarda la main sans comprendre la signification de ce geste. Il avança la sienne, qui fut broyée dans la paume crasseuse. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Tu peux emmener la petite. Dans l’état où elle est, elle ferait pas cent mètres. Venez, on file à ma piaule.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il prit la tête du petit groupe. L’homme soutenait la fille qui marchait avec peine. Ils déambulèrent ainsi pendant un certain temps, passant d’avenues en traversées de parcs, longeant le périphérique pour aboutir à un terrain vague occupé par d’anciens entrepôts. L’homme allait de découverte en découverte, observant cet univers disparate dans lequel il se sentait mal. L’immensité de cette cité lui faisait peur, en même temps qu’elle le fascinait. Depuis plus d’une heure qu’ils marchaient, ils n’avaient pas atteint les remparts de cette métropole. &lt;i&gt;Comment était-il possible de construire des villes si gigantesques, semblables à des fourmilières aériennes, dans lesquelles les hommes évoluaient tels des insectes ? Que restait-il de l’humanité qu’il avait connue ? Y avait-il même une quelconque humanité dans ces lieux policés ?&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dédé s’arrêta brusquement devant un hangar, sortit de sa poche une clef et déverrouilla le cadenas. Tout fier, il annonça au couple :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Si ces messieurs-dames veulent bien se donner la peine d’entrer.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;L’endroit était vaste et froid, malgré le soleil qui pénétrait par de hautes fenêtres sur le toit. L’homme fut d’abord surpris par l’immensité de la pièce. Seul un prince pouvait occuper un tel espace. &lt;i&gt;Mais où étaient les serviteurs ? Fallait-il entrer alors même que les gestes les plus simples de l’hospitalité n’avaient pas été accomplis ?&lt;/i&gt; Il posa sa main sur le chambranle de la porte, son contact le fit sursauter. &lt;i&gt;Quel être humain pouvait vivre dans une demeure de métal ?&lt;/i&gt; Pour la première fois, il songea avec nostalgie à la maison de briques beiges, dans laquelle il était né et avait grandi. Il revit son père, monté sur le toit, réparant un trou après de fortes pluies. Ces souvenirs lui faisaient mal. &lt;i&gt;Où pouvait-il être maintenant ? Qu’était devenue sa cité ?&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Déjà, Dédé le pressait, souriant de toutes les dents qui lui restaient, dont la plupart avaient noirci. Il voyait qu’il était heureux de partager son bien avec un inconnu. Aidé de Dédé, il coucha la fille sur un lit de fortune, qui faisait néanmoins la fierté de son propriétaire. Puis, ils s’installèrent tous les deux sur des caisses de bois. Dédé versa du vin dans deux gobelets plastique et en tendit un à l’homme. Il contempla longuement l’objet, fait d’une matière inconnue de lui, à la fois souple et étanche, dont il avait déjà remarqué l’usage répandu dans cette contrée. Le vin piquait, mais il connaissait déjà l’âpreté de certaines vignes, il but à petites gorgées. C’était la première fois depuis son arrivée qu’il avalait quelque chose, et son estomac se rappela à lui par de fortes brûlures qui le plièrent en deux.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Tu as faim, mon gars ? demanda Dédé. Bouge pas, je vais te trouver quelque chose à grailler.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il farfouilla dans une pile de sacs entreposés dans un coin, dénicha une boite de raviolis qu’il fit chauffer sur un camping-gaz. Puis répartit son contenu dans trois assiettes de fortune. L’homme regardait les raviolis sans comprendre, mais l’odeur de la tomate chaude le fit saliver. Il attrapa l’assiette et y plongea les doigts. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Ho ! On est pas chez les sauvages, cria Dédé, je t’ai filé des couverts. Tiens-toi bien !&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;L’homme leva le nez de son assiette. Il sentait les reproches adressés par son camarade sans arriver à en déterminer la raison, quand il fut frappé par l’objet que Dédé tenait dans sa main et qui lui servait à porter les aliments à sa bouche. Il l’imita, tentant de piquer un de ces petits carrés de viande avec ce morceau de métal, ce qui eut pour effet de calmer son compagnon. &lt;i&gt;Quel étrange rituel, qui confirmait que les hommes évitaient le plus possible tout contact tactile. Le partage même de la nourriture n’était plus un moment de convivialité autour d’un plat commun dans lequel chacun puisait. Jusqu’à quel point, cette société était-elle devenue individualiste ?&lt;/i&gt; Sur son grabat, la fille commençait à s’agiter et émergeait de son sommeil. Dédé s’approcha :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Allez mange, petite. Faut que tu reprennes des forces, sinon tu vas crever.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il la força à avaler quelques bouchées, ce qui visiblement lui demandait un effort. Mais tout en mastiquant, elle ne quittait pas des yeux l’inconnu qui suivait l’opération avec attention. L’estomac plein, Dédé s’installa confortablement sur un tas de sacs de jute, puis tira de sa besace un paquet de tabac et du papier cigarette pour s’en rouler une. L’homme épiait chacun de ses gestes, à l’affût de tant de nouveautés. Lorsqu’il le vit souffler la fumée par le nez et la bouche, il resta pétrifié. Quel est ce prodige qui transforme son ami en dragon ? Il ressentit la satisfaction de son compagnon et en conclut que ce rite avait du bon. Dédé entreprit de satisfaire sa curiosité. S’il ne s’intéressait que moyennement à la fille, probablement une fugueuse adepte de la came, l’homme en revanche, l’intriguait.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Dis-moi, d’où tu viens ?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;L’inconnu restait muet, sans comprendre la question. Dédé trempa son doigt sale dans le fond de son verre et dessina grossièrement une maison. Puis, désignant tour à tour le dessin et l’homme, reposa sa question.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Je viens de Qeriyyot. Je suis fils de Simon. Ma maison est loin d’ici, de ce monde qui m’est inconnu. Où sommes-nous ? demanda-t-il en lui empoignant le bras.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dédé, surpris par la violence soudaine de son compagnon, sauta sur ses pieds.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Je comprends rien à ton latin. Mais si tu veux rester chez moi, t’as intérêt à te montrer plus gentil.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;De son lit, la fille qui avait repris conscience, prit la parole pour la première fois :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Il n’est pas d’ici, il n’est pas de chez nous et il est perdu. Il erre sans cesse à la recherche d’une vérité qu’il est seul à détenir. Il a peur. Ici tout l’effraie. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les deux hommes tournèrent la tête de concert, chacun approuvant ses mots, sans en saisir pleinement le sens. Elle sourit à l’inconnu :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Tu ne me connaissais pas et pourtant tu m’as aidée. J’avais peur, j’avais mal et tu m’as délivrée. Je veux te remercier à mon tour.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Elle s’approcha et posa un baiser sur ses lèvres. L’homme porta sa main à sa bouche. Depuis combien de temps une femme ne l’avait-elle pas embrassé ? Il avait oublié ce contact qui lui procurait tant de bien, éternel nomade sur une terre hostile où nul ne voulait de lui. Et cette fille le regardait sans se détourner, il lisait au fond d’elle sa reconnaissance. Mais il savait qu’il n’avait pas le droit de jouir de ces plaisirs offerts au commun des mortels. La simple amitié lui était refusée, lui n’avait pas hésité à trahir son maître. Il devait sans fin reprendre sa quête, seul et sans aide, lui, le banni, l’excommunié. Il la repoussa doucement, alors qu’elle refusait de le laisser, voyant en lui un secours providentiel à son propre naufrage. Elle avait saisi sa main, l’emprisonnant dans les siennes. Ses yeux le suppliaient, mais il détourna son regard. L’abandonner était la meilleure chose à faire dans l’intérêt de chacun. Il lui avait apporté un apaisement temporaire, mais ne pouvait rester auprès d’elle pour l’arracher à des tentations qui le dépassaient, la délivrance viendrait d’elle seule. Sa présence était une illusion de bonheur qu’il n’était pas en mesure de prodiguer. Celui par qui le malheur arrive ne peut qu’engendrer le malheur. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il n’avait plus peur désormais. Ce monde si hostile n’était en fait qu’une réplique des millions de vices et d’inhumanités qu’il avait trop souvent croisés sur sa longue route. Quelle différence entre ces hommes et ces Romains qui l’avaient raillé ? Un autre groupe d’humains qui formait une société égoïste, un de plus rencontré dans son périple millénaire. Les rues changeaient, les vêtements aussi, des armes plus puissantes, des cités plus vastes, mais leurs cœurs restaient identiques, muets aux souffrances d’autrui. Cet arrêt-ci serait donc à l’image des multiples étapes qu’il avait faites, l’angoisse, l’incompréhension mutuelle, le rejet et l’échec. Damné de la terre, condamné à errer sans fin, à la recherche d’un idéal qu’il ignorait. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il sourit à Dédé qui déjà commençait à dodeliner, avant de piquer du nez sur son sac. Il sourit à la fille qui le regardait encore, un espoir au fond des yeux. Puis il se leva, ouvrit la porte du hangar et commença à marcher. Ses pas le ramenèrent vers le périphérique avec le vacarme assourdissant des monstres d’acier lancés à une vitesse vertigineuse dans une immonde puanteur, il avançait tête baissée, il ne craignait rien. La mort qu’il avait appelée cent fois, lui était interdite, il le savait, il l’avait déjà tentée. Ses remords n’avaient pas suffit à le décharger du fardeau de sa honte. Il avait préféré en finir, pendu à un arbre. Il en gardait la marque, large trainée rosâtre, qu’il cachait le plus souvent. Il y avait cru, mais le Ciel l’avait rejeté et maudit, cette ultime sortie lui était interdite. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il continua à avancer, toujours, passant de larges artères à des ruelles sombres jusqu’à déboucher sur une place vide d’âmes, occupée par une bâtisse dont certains pans de murs avaient souffert de l’usure du temps. Près des portes ouvertes, un homme à l’image de Dédé, somnolait devant un morceau de papier, la main tendue. Il se dirigea vers lui, reconnaissant la détresse identique à celle qu’il avait déjà rencontrée. Parvenu en haut des marches, il allait se pencher vers le clochard, quand il aperçut l’intérieur du bâtiment, semblable à un temple. Il franchit le seuil et un immense frisson parcourut son corps. Tout aspirait à la paix, il retrouvait le parfum de l’encens. Pouvait-il retrouver Dieu dans ce lieu ? Le Seigneur écouterait-il ses prières, lui qui l’avait condamné ? Il prit place sur un des bancs, leva les mains et commença à prier :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;i&gt;Avvon d'bish-maiya, nith-qaddash shim-mukh&lt;br /&gt;Tih-teh mal-chootukh. &lt;br /&gt;Nih-weh siw-yanukh:&lt;br /&gt;ei-chana d'bish-maiya: ap b'ar-ah.&lt;br /&gt;Haw lan lakh-ma d'soonqu-nan yoo-mana.&lt;br /&gt;O' shwooq lan kho-bein:&lt;br /&gt;ei-chana d'ap kh'nan shwiq-qan l'khaya-ween.&lt;br /&gt;Oo'la te-ellan l'niss-yoona:&lt;br /&gt;il-la pag-gan min beesha,&lt;br /&gt;Mid-til de-di-lukh hai mal- choota&lt;br /&gt;oo khai-la oo tush-bookh-ta&lt;br /&gt;l'alam al-mein. Aa-meen.&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les mots coulaient sans interruption. Action libératoire qui le soulageait d’un fardeau multiséculaire. Une chaleur autrefois éprouvée resurgissait subitement. Sa prière terminée, il leva la tête, observant avec attention le lieu. Au-delà des nombreuses rangées de bancs, une vaste table couverte d’une nappe sur laquelle trônait une coupe. Derrière, une immense croix sur laquelle un sculpteur avait représenté un homme, couronné d’épines, les pieds et les poignets percés de clous. Cette vision lui fit mal, le projetant dans son passé. Combien de fois avait-il vu le long des routes, les cadavres pourrissants d’esclaves en fuite ou d’étrangers condamnés à mort, ayant enduré le long calvaire de la flagellation avant de trépasser lentement sur leurs croix. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;i&gt;En quoi cet homme-là se distinguait-il des autres condamnés ? Était-il possible que l’on rende hommage à cette barbarie ? Fallait-il y voir une adoration pour un culte diabolique ?&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il voulut fuir, tout en se sentant irrésistiblement attiré. Parcourant la travée, il leva les yeux vers les fresques peintes sur les murs. Puis ce fut le choc. Ces images étaient celles de son ami, son frère, dont il ne reconnut pas immédiatement les traits. Quelle rouerie ou quelle naïveté avait poussé le peintre à déformer le visage de son compagnon ? Mais les faits étaient là : tous ceux qu’il avait connus, aimés, avec lesquels il avait partagé son existence, étaient représentés. Il reconnut la douce Myriam, dont il fréquentait la maison. De chaque côté de la nef, d’autres images retraçaient une histoire qu’il n’avait pas connue. Il devina dans cet homme, Pontius, procurateur de Judée, qui avait apporté les portraits de César et ordonné le massacre des Juifs refusant de se soumettre à une telle impiété. Il découvrit le supplice de son ami, crucifié et percé, mort sur la croix. Sa fin signifiait celle de leurs espoirs communs, l’anéantissement d’un monde meilleur annoncé par Yeshoua. Celui-là même que l’on vénérait encore aujourd’hui sur sa croix, dans un temple. Il réalisa que toute sa quête avait été vaine, cherchant un pardon qu’il ne pouvait obtenir. La douleur était trop violente. Il se coucha sur le sol, fermant les yeux. Une voix le tira de sa léthargie :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Monsieur, monsieur…vous ne pouvez rester couché ici. Il faut vous relever.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Un petit homme, vêtu de noir et portant sur la poitrine une fine croix, s’adressait à lui.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Laissez-moi, tonna-t-il. Je suis un mort dans un univers de haine, condamné à jamais à un exil sans fin.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le prêtre sursauta. Était-il possible que cet homme s’exprime dans une langue depuis longtemps disparue ? Rassemblant ses souvenirs de séminaire, il le questionna en grec mêlé de quelques mots d’araméen. Le gisant se calma instantanément. Enfin on le comprenait ! Pour la première fois il était en mesure de communiquer. Il bondit sur ses pieds et saisissant l’homme en noir par les épaules, débita à une allure vertigineuse ce que furent son périple, ses errements, ses espoirs et ses déceptions. Le prêtre le dévisagea, ahuri et totalement incapable de saisir le sens de ses propos, légèrement inquiet devant la fébrilité de son interlocuteur, jetant des regards partout dans l'église. L’homme l’imita, et c’est alors qu’il vit. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le Maître était à nouveau là : bien vivant, rayonnant comme il l’avait toujours connu. Seuls ses mains et ses pieds gardaient les traces de son supplice. Il souriait, la tête légèrement penchée, les lèvres entrouvertes sur des paroles qu’il était enfin à même de comprendre. Et ils étaient tous présents, à l’entourer : Simon qui avait renié Yeshoua et André, son frère ; Jacques et Jean, fils de Zébédée ; Philippe et Barthélemy ; Thomas et Matthieu, le publicain ; Jacques, fils d’Alphée, Thaddée et Simon le Zélote. Recueillant le message dont il avait été privé. Tout devenait clair, sa quête était achevée. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;i&gt;Ainsi il était revenu ! Son geste n’avait donc pas été vain !&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le prêtre percevant l’illumination dans son regard, chercha des yeux la cause de ce revirement. Quand il se retourna, l’homme avait disparu. À sa place, il ramassa la calasiris sale et usée de laquelle s’échappait un morceau de corde de chanvre formant un nœud coulant.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2520855777876161597-1315176755863873734?l=lasourisduclavier.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/feeds/1315176755863873734/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2009/12/redemption.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/1315176755863873734'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/1315176755863873734'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2009/12/redemption.html' title='Rédemption'/><author><name>Catherine H.</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06396604313955948613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/SxJlwW-X7tI/AAAAAAAAAAM/jeGkXAh0qBY/S220/souris.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/SzTk02qkMqI/AAAAAAAAABQ/WTDRtHv2wQY/s72-c/judas_iscariote03.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2520855777876161597.post-9043321712096141990</id><published>2009-12-02T11:55:00.000+01:00</published><updated>2009-12-02T11:55:17.620+01:00</updated><title type='text'>Le coup de grisou</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/SxZGvSiGuAI/AAAAAAAAABI/AQuN6JN-2kY/s1600-h/mines.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; cssfloat: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" er="true" src="http://4.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/SxZGvSiGuAI/AAAAAAAAABI/AQuN6JN-2kY/s200/mines.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— J’étouffe, mon Dieu, j’étouffe. Je suis coincé, pris au piège, prisonnier. Les mains et les pieds coincés dans ce boyau, je ne peux plus bouger.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;C’était pourtant une belle journée. Tout était calme, je me sentais serein, apaisé. Tout à coup le cataclysme, un indescriptible mouvement qui bouleverse tout l’univers. Le chaos. Tout a tremblé, la secousse a été si forte qu’elle m’a transporté comme un fétu de paille, remué, retourné, je n’ai pu résister au courant, et je me suis laissé emporter. Je n’arrivais plus à contrôler mes gestes, je n’étais désormais plus maître de mon destin. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;C’est fini maintenant, le calme est revenu, mais j’ai peur. Peur du silence qui s’est installé. Je n’entends plus rien. Autour de moi tout est noir. Est-ce ça la mort ? Non, mon cœur bat encore.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Calme-toi, les secours vont arriver.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Seulement ça traine et là on a le temps de penser, de se poser mille questions pour éviter de se poser la bonne : Et s’il n’y avait plus de secours ?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Coincé dans ce passage, je suis seul, livré à moi-même, ignorant tout de l’extérieur, si même il reste un extérieur. Et j’ai peur. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Et si je ne sortais pas ? Et si par chance quelqu’un me repérait, aurait-il le temps de prévenir les secours ? Ne verrais-je donc jamais la lumière ?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il faut se calmer, faire le point. Pour l’instant, je suis encore en vie, je peux bouger mes orteils et mes doigts, mais mes mouvements sont limités. Je pourrais faire un signe, donner des coups contre la paroi. Signaler à l’extérieur que je suis là, encore vivant !&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lentement, avec mille précautions, je tente d’élever ma main, recroqueville mes doigts pour frapper le plus fort possible, tremblant de déclencher un écrasement de la cavité. Durant un long moment, à coups répétés et réguliers, je cogne, cogne à m’en faire mal, à m’épuiser, en vain.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Et à nouveau, le cataclysme, les murs qui s’ébranlent, se tordent, se plient, se déforment, je n’ai plus de mots pour exprimer ma terreur, je ne me sens plus, extrait de moi-même dans cette prison sans nom.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Dans mon obscurité, confusément des voix s’élèvent, murmures qui se rapprochent. Ils sont plusieurs, je les distingue, voix d’homme, voix de femme. Epuisé je ne peux bouger, redoutant que le moindre signe ne mette fin à tout espoir d’être découvert. Les voix se rapprochent et avec elles l’espoir grandit. Dans un dernier effort, je tente de m’extraire. À l’extérieur on bouge, on s’agite : ils m’ont repéré ! Le bonheur du naufragé sauvé après des années de solitude ne saurait se comparer au soulagement que j’éprouve en cet instant, qui restera à jamais gravé en moi. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;J’aperçois d’abord une faible lueur, qui peu à peu se fait plus vive, des mains se tendent pour m’extraire. Sauvé, je suis sauvé ! La délivrance, l’angoisse, le bonheur, la douleur de ce passage étroit me font hurler. Maintenant j’entends parfaitement la voix de l’homme :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Félicitations, Madame Grisou, c’est un beau garçon !&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2520855777876161597-9043321712096141990?l=lasourisduclavier.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/feeds/9043321712096141990/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2009/12/le-coup-de-grisou.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/9043321712096141990'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/9043321712096141990'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2009/12/le-coup-de-grisou.html' title='Le coup de grisou'/><author><name>Catherine H.</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06396604313955948613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/SxJlwW-X7tI/AAAAAAAAAAM/jeGkXAh0qBY/S220/souris.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/SxZGvSiGuAI/AAAAAAAAABI/AQuN6JN-2kY/s72-c/mines.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2520855777876161597.post-796581447726564653</id><published>2009-11-30T21:05:00.002+01:00</published><updated>2009-11-30T21:14:07.985+01:00</updated><title type='text'>Oscar Wilde détective</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Je connaissais le &lt;em&gt;Portrait de Dorian Gray&lt;/em&gt;, comme beaucoup, mais pas l'auteur. Et en amatrice de polars historiques, me voilà à lire, par hasard, le premier volume de Gyles Brandreth, &lt;em&gt;Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles&lt;/em&gt;, 10-18.&lt;br /&gt;Acheté du bout des doigts, parce que dans la collection "Grands détectives", mais d'un auteur de moi inconnu, je m'essaye donc à la nouveauté. Et bien, je n'ai pas été déçue. Outre l'intrigue bien ficelée à la Conan Doyle (un des principaux protagonistes du bouquin par ailleurs), l'auteur sait faire partager l'intimité de l'écrivain à la fois sans tomber dans le graveleux mais sans pruderie.&lt;br /&gt;A recommander pour les lecteurs du genre, mais également pour tous ceux qui s'intéressent à la société victorienne et à la mentalité des Britanniques de l'époque.&lt;br /&gt;Car, pour qui a travaillé sur le genre, les allusions à la &lt;em&gt;Britishness&lt;/em&gt; fourmillent.&lt;br /&gt;Bonne lecture donc.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2520855777876161597-796581447726564653?l=lasourisduclavier.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/feeds/796581447726564653/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2009/11/oscar-wilde-detective.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/796581447726564653'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/796581447726564653'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2009/11/oscar-wilde-detective.html' title='Oscar Wilde détective'/><author><name>Catherine H.</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06396604313955948613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/SxJlwW-X7tI/AAAAAAAAAAM/jeGkXAh0qBY/S220/souris.jpg'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2520855777876161597.post-2178234438296395700</id><published>2009-11-29T16:13:00.003+01:00</published><updated>2009-11-29T16:22:12.376+01:00</updated><title type='text'>Genèse</title><content type='html'>- Allez !&lt;br /&gt;- Heu...&lt;br /&gt;- Ben, allez, quoi ! Sors de ton trou. Ca va pas te manger.&lt;br /&gt;- Ils vont me voir.&lt;br /&gt;- C'est fait pour ça. Tape !&lt;br /&gt;- Tout le monde va le savoir.&lt;br /&gt;- Justement, c'est le principe !&lt;br /&gt;- Bon.&lt;br /&gt;Et la souris sortit de sa cachette et s'installa devant son clavier...&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2520855777876161597-2178234438296395700?l=lasourisduclavier.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/feeds/2178234438296395700/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2009/11/genese.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/2178234438296395700'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2520855777876161597/posts/default/2178234438296395700'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lasourisduclavier.blogspot.com/2009/11/genese.html' title='Genèse'/><author><name>Catherine H.</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06396604313955948613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/_65E0NOFrTSI/SxJlwW-X7tI/AAAAAAAAAAM/jeGkXAh0qBY/S220/souris.jpg'/></author><thr:total>1</thr:total></entry></feed>
